Décès de Sir David Amess

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Donc, un homme est mort.

Il avait 69 ans, il était député – membre de la chambre des Communes comme on dit à Londres – et il est tombé, vendredi midi, sous les coups de couteaux d’un assassin de 25 ans, d’origine somalienne.

La police britannique a confié l’enquête et l’instruction à la section anti-terroriste de la Metropolitan police, Scotland Yard si vous préférez.

Ces vingt dernières années, j'avais eu l'occasion à plusieurs reprises de côtoyer ou de rencontrer Sir David.

C’était lors d'activités et de conférences en soutien à la résistance démocratique en Iran et au Conseil National de la Résistance Iranienne.

Ce combat lui tenait particulièrement à cœur, comme à moi.

Je me souviendrai d'un homme engagé, disponible, souriant et dôle, cultivé et intelligent grand défenseur de la démocratie et aussi de la cause animale.

Après, nous divergions sur beaucoup de points mais David Amess était un homme chaleureux avec lequel il était possible de discuter.

Ce n’est pas rien l’assassinat d’un député

Les assassinats d’élus sont rares en Europe.

Au Royaume-Uni on se souviendra de la parlementaire travailliste Jo Cox, assassinée le 16 juin 2016 par un militant d’extrême droite en pleine campagne du référendum sur le Brexit.

Et d’une dizaine d’autres entre 1960 et 1990, mais tous liés à la crise en Ulster qui fut une véritable guerre.

Comme Ian Gow, Anthony Berry, Robert Bradford, Norman Stronge Airey Neave, tous tués par l’IRA.

Mais depuis 30 ans, Jo Cox et David Amess sont les seuls politiciens à avoir été assassinés.

Un débat s’ouvre donc sur la protection des parlementaires.

Il est nécessaire mais difficile.

Lorsqu’ils sont en session ou dans leurs bureaux de Westminster, les membres de la chambre des communes ou de la chambre des Lords sont l’objet d’une protection globale et intense qui s’est encore renforcée ces dernières années suites à plusieurs attaques de Daesh.

Une bonne partie du travail d’un parlementaire c’est d’être au contact de ses électeurs.

Permanences et conférences sont son lot quotidien et il est difficile d’imaginer qu’il en soit autrement.

C’est ça, la démocratie : avoir des élus accessibles auxquels on peut parler et exposer ses idées ou ses doléances.

Il ne faut évidemment pas que cela change et cela ne changera pas.

La plupart des élus interrogés ces derniers jours par les médias britanniques l’ont dit et répété : ils continueront leur business as asual…

C’est d’ailleurs ainsi, nous le savons bien, que Sir David voyait les choses et nul ne peut douter qu’il aurait refusé de vivre dans une tour d’ivoire et de n’en sortir que lourdement protégé.

Une réflexion pour finir.

On peut évidemment ne pas être en accord avec un élu.

On peut même franchement détester ses idées et les combattre.

Cela aussi, c’est la démocratie.

Mais il coule de source qu’il est inimaginable de s’en prendre aux personnes, d’attaquer physiquement un élu.

La politique est certes un combat mais ce n’est pas une guerre.

Ceci est vrai aussi, d’ailleurs, pour les journalistes et les magistrats : ces catégories sont des garants de notre ordre démocratique et constitutionnel.

En Europe – et singulièrement en Grande Bretagne, ce pays qui a inventé la démocratie moderne – le débat ne doit jamais dépasse certaines limites.

Pour utiliser une métaphore sportive : on vise le ballon, pas le joueur.

Le meurtre est toujours inacceptable.

Mais tuer un élu, un journaliste ou juge, c’est, un peu, assassiner la démocratie.

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